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Gardiens de la Paix

Les forces de police sont-elles devenues nos ennemis?




Se soumettre, courber l’échine encore et encore, et devoir se plier à l’ordre face aux coups qui nous mutilent… Les violences policières sont aujourd’hui au coeur du débat public; elles sont en réalité la manifestation d’une crise interne qui déchire nos sociétés.
Comment et pourquoi, une force créée pour protéger ses citoyens en vient à les agresser, et à éteindre leur protestation en appliquant une répression physique forte?
Pour comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de procéder à une petite chronologie des forces policières. Remontons donc le fil du temps…



La notion de police est héritée de l'Antiquité au sein des villes ayant conservé une municipalité, puis, à partir du IXe siècle, dans les "villes franches" ou communes libres qui possèdent le droit de s’administrer (on parle de vie policée, de police des marchés, des métiers, etc.) Sous l'Ancien Régime, le pouvoir de police est exercé par les conseils municipaux sauf dans la capitale, où, à partir du XVIIe siècle, elle est retirée à la ville de Paris pour être confiée à un officier du roi, appelé lieutenant-général de police. Au XIX siècle, ce régime est étendu aux deux autres villes principales: Lyon et Marseille, qui sont dotées de « préfets de police », tandis qu'une direction de la police est créée au ministère de l'Intérieur. Les maires des communes sont toujours légalement investis des fonctions de chef de la police sur leur commune. Ce n’est qu’en 1940 que la Police nationale est créée, sous l’impulsion du maréchal Pétain (donc dans le cadre d’un régime autoritaire qui réprime sévèrement tout opposition).



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La police de Vichy en 1940

Depuis que la France est une démocratie et que le droit de manifester est garanti, le système policier a évolué. Avec la naissance de la IIIe République (à la fin du XIXe siècle), l'Etat a peu à peu affiché son intention de pacifier la réponse des gendarmes et des policiers. Mais dans les faits, cette intention n'a pas toujours été suivie d'effet, comme lors d'événements sociaux éruptifs, de la guerre d'Algérie à mai 68 ou lors de conflits plus récents. Aujourd'hui, les critiques se concentrent sur l'usage du flash-ball, des grenades de désencerclement et plus récemment encore, sur le fameux projet de loi « sécurité globale »: le débat n'est jamais clos.



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Mai 68 à Paris [Sipa Press]

Les manifestations des "gilets jaunes" qui ont dégénéré fin 2018 n'ont rien de nouveau. Il suffit de convoquer la mémoire collective ou de questionner nos grands parents pour se rendre compte d’un certain goût de l’émeute à la française.
Mais il convient de rappeler que l'époque de la IIIe République est marquée par la mort de nombreux militants et grévistes. Elle est aussi symbole de nouvelles libertés désormais garanties par la République: l’armée ne doit plus être un outil de maintien de l’ordre et la non-violence est prônée. La IIIe République instaure la liberté d’association et de création de syndicats professionnels, ce qui montre la nécessité de laisser les manifestants prendre les rues, mais également la nécessité de garantir la liberté des autres, ceux qui ne sont pas manifestants: c’est tout le dilemme du maintien de l'ordre qui se pose dès cette époque là.



Paradoxalement le XXe siècle connait une éruption massive des violences. Elle s’explique d’abord par les revendications de plus en plus nombreuses des civils: les grèves se multiplient au même titre que les mouvements sociaux et un phénomène de brutalisation de la société pointe le bout de son nez, car réprimer semble être le seul moyen efficace pour maintenir une domination, un contrôle sur la population.
Ainsi l’apparition d’innovations techniques, notamment lors des deux Guerres mondiales (gaz lacrymogènes notamment), et la création d'unités spécialisées, (comme les CRS, en remplacement de l’armée) constituent une véritable remilitarisation des forces de l’ordre, qui semble grandir de jour en jour.



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Les dangers du gaz lacrymogène [M. Niviak]

En effet, depuis une dizaine d’années déjà, on remarque un accroissement considérable de ce phénomène: depuis le début des années 2020, on compte déjà 27 personnes décédées et une centaine blessée par les forces de l’ordre.
Mais si l’on fait ce constat, il faut aussi, pour une question de justice, ouvrir les yeux sur les actions menées de l’autre versant du problème.
Côté manifestants, l'équilibre aussi a changé. Fini les rassemblements où la plupart des citoyens respectaient l'organisation (et le service d'ordre) des syndicats. Aujourd'hui, les manifestations sont noyautées, dès le départ du cortège, par des groupuscules violents, au risque de brouiller le sens du rassemblement. Les revendications d'idées sont vite occultées par les affrontements comme lors des rassemblements « gilets jaunes ».



Les manifestations pacifiques laissent place à des actes de délinquance et de vandalisme, ce qui a pour conséquence un armement et une mobilisation de plus en plus massifs des gendarmes. Flashball, LBD40, grenade de désencerclement, grenade explosive GLI F4, etc. Les forces de l'ordre françaises sont parmi les mieux armées d’Europe. Mais un tel arsenal est il vraiment nécessaire? Il suffit de se pencher sur la question pour comprendre que c’est une erreur. En effet, lorsqu’une foule de manifestants est confrontée à un tel attirail d’armes, l’effet observé est une amplification des tensions et des violences déjà présentes, ce qui, pour les policiers, constitue un motif supplémentaire pour s’en prendre aux civils.

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Marianne éborgnée [Odieux Boby]

Ainsi, en cherchant à apaiser la situation, les méthodes employées par les forces policières sont à l'origine d'un cercle vicieux. La défiance s'agrandit, ce qui devient un nouveau facteur de tensions. Sur les réseaux sociaux, on ne compte plus les images et les vidéos qui dénoncent les « bavures policières », comme un appel au secours, un message désespéré adressé au gouvernement. Mais la réponse obtenue n’est pas celle escomptée…



La proposition de loi controversée sur la « sécurité globale » qui pénalise la diffusion malveillante de l'image de policiers a été adoptée par l’Assemblée nationale le 24 novembre. Une loi qualifiée par ses opposants de texte "liberticide". Ironie du sort : ce vote intervient au lendemain du démantèlement d’un campement de migrants dans le centre de Paris. Des vidéos, relayées sur les réseaux sociaux, montrent des migrants sortis de leur tente par la force à coups de matraque ainsi qu'un journaliste frappé à plusieurs reprises. Et l'affaire prend de l'ampleur après le passage à tabac d'un producteur de musique pour non-port du masque. Les images issues de la vidéosurveillance sont devenues virales sur les réseaux sociaux.





Trois policiers ont depuis été suspendus et l’IGPN (Inspection générale de la Police nationale) a été saisie. Des manifestations ont lieu régulièrement dans les grandes villes de France. Ce projet, véritable censure, est une atteinte à la liberté de la presse, la liberté d’informer mais aussi la liberté d’expression, qui sont si chères à notre pays.
Alors, si certains y voient le basculement de la France du côté des Etats autoritaires, il faut surtout comprendre que, plus que jamais, la flamme de cette lutte de doit pas s’éteindre. Ne laissons pas détruire la solidarité citoyenne; que chacun et chacune se tende la main, car c’est dans l’unité des coeurs et des voix que la paix vaincra…



Imaginons plutôt une réforme systémique à l’exemple des démocraties européennes les plus avancées comme l’Allemagne ou encore la Norvège. Procédons à de simples comparaisons. Concernant la formation, elle est de huit mois en école de police en France, contre dix-huit à trente-six mois dans les pays du Nord de l'Europe. Pendant que les BAC sont armés jusqu’aux dents, le seul équipement autorisé en Allemagne est un pistolet 9 mm. Ce n’est pas une utopie, il existe des pays où la police ne tue pas (la police norvégienne n'a tiré que deux balles en 2014).



Il s'agît simplement d'une question de moyens mis en oeuvre: si l’on reconnait que cette problématique est fondamentale, alors il va de soit que les solutions apportées seront d’une part à la mesure du problème, et d’autre part, de véritables solutions, et non un écran de fumée qui ne ferait qu’enliser cette crise de la démocratie. Alors, qui sont les gardiens de la paix?



Gardiens de la Paix
[Eléna Ranoux]



Alba Bermejo

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