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Hippies, gardiens de la paix

« Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent » écrivait Jack Kerouac en 1957 dans « On the road », l’ouvrage fondateur de la Beat Generation, mouvement littéraire et artistique né dans les années 50 aux Etats-Unis, qui a bouleversé la société américaine puritaine. Son Manifeste, écrit par John Clellon Holmes, promeut une certaine liberté sexuelle et allie créativité foisonnante et fascination pour les milieux underground des villes des côtes Est et Ouest des États-Unis et tout l'art qui s'y crée (littérature et jazz notamment). Ses fondateurs sont attachés aux grands espaces, à la nature et aux rituels chamaniques. Il donna naissance au mouvement hippie quelques années plus tard.



Hippies, gardiens de la paix
Jack Kerouac à propos du jazz: "Le jazz est la métaphore centrale de l’âme américaine, en ce que l’Amérique a laissé place au développement de l’individu à un point jamais rencontré auparavant."

Le nom « hippie » pourrait être un dérivé du terme wolof (langue parlé au Sénégal) « hipi » signifiant « ouvrir ses yeux ». Mais le premier usage médiatique du nom « hippie » se trouve dans un numéro du Times de 1964 évoquant l’usage de la drogue par un jeune de 20 ans, 1 an après son interdiction. L’article fixe alors l’épicentre du mouvement dans le quartier de Haight-Ashbury à San Francisco, où se trouvait déjà une association d’ancien « beatniks », membre de la Beat Generation, alors rebaptisés « hippies ».



Hippies, gardiens de la paix
Manifestation dans les rues d'Haight-Ashbury, 1967

Cependant, les hippies ne se désignent pas comme tel. Parmi les noms qu’ils s’attribuent: « hipsters » « diggers » (collectif anarchiste basé à San Francisco dans les années 60), « flower children », « beautiful people », « freaks », « heads » ou « acid heads » (de façon ironique).



Le mouvement naît donc au début des années 60 aux Etats-Unis, dans un contexte de refus de l’ordre établi : les manifestations contre la guerre du Vietnam et les émeutes Noires dans les grandes villes américaines fédèrent une partie de la jeunesse, qui cherche à fuir une société consumériste de masse en mettant en travers de son chemin des valeurs écologistes et égalitaires, inspirées des philosophies orientales et bouddhistes. Beaucoup sont des étudiants issus du baby-boom d’après-guerre. L’un d’entre eux, Jack Weinberg, membre du Free Speech Mouvement écrit « Ne faites pas confiance à quelqu’un de plus de trente an. », symbole d’une volonté de rupture avec la génération précédente.



Hippies, gardiens de la paix
Manifestation contre la guerre du Vietnam, 1968 [Bob Adelman]

Pour Chuck Hollander, expert en drogues pour la National Student Association au début des années 1960 : « S'il existait un code hippie, on pourrait le présenter ainsi : faites ce que vous avez envie de faire, où vous le voulez et quand vous le voulez. Lâchez la société que vous avez connue. Etendez l'esprit de toutes les personnes rigides que vous rencontrez, branchez-les, sinon par la drogue, au moins par la beauté, l'amour, l'honnêteté et la rigolade ».



Des communautés hippies se rassemblent alors et s’organisent en micro-sociétés, à l’image des Diggers qui en assurent l’intendance en pratiquant entre autres la récupération des surplus de la ville, et distribuant gratuitement nourriture, soins et LSD, dont l’usage fut fortement répandu à travers l’image psychédélique et la recherche de nouvelles perceptions du monde.



C’est alors au son des Who, des Doors, des Pink Floyd, de Joan Baez, Bob Dylan, John Lennon, ou Nash que le mouvement hippie traverse l’atlantique et alimente la vague de contestations de 68. A l’écoute de ces icônes et des messages de liberté qu’elles diffusent, la jeunesse européenne prend conscience qu’une autre façon de faire la révolution est possible. Les mouvements de la Nouvelle Vague au cinéma et du Nouveau Roman en sont l’illustration.





Les « provos », militants d’Amsterdam, manifestent lors du mariage de la reine Beatrix avec un ancien membre des Jeunesses Hitlériennes. Les situationnistes français veulent en finir avec le malheur historique : « Vivre sans temps mort et jouir sans entrave », tandis que la contestation ouvrière et estudiantine prend de l’ampleur, contre la société de consommation et le capital.



En Tchécoslovaquie, le mouvement du printemps de Prague est mené par Alexander Dubeck qui arrive au pouvoir sous l’égide du parti communiste slovaque. En Pologne, la mobilisation commence à la suite de la censure d’une pièce de théâtre. L’Italie et l’Espagne se mobilisent aussi contre leur passé dictatorial. Ainsi, en Europe comme dans le monde, ce sont généralement de revendications très spécifiques que sont nés des revendications nationales voir transnationales.





On considère le festival de Woodstock comme étant l’apogée du mouvement, en août 1969. Il rassembla 500 000 spectateurs réunit dans un champ loué pour l’occasion et accueillit 32 artistes dont Jimi Hendrix, Santana et Janis Joplin. Il eut lieu dans l’état de New-York, à plusieurs kilomètres de la ville de Woodstock car la mairie de la ville initialement choisie avait refusé le projet aux organisateurs. La société de consommation tant critiqué par les hippies profita de l’évènement : le film du festival fut présenté à Cannes et les productions mettant en scène des hippies furent des succès internationaux, à l’instar de la comédie musicale Hair. (Voir l’article Du cinéma révolutionnaire à la consommation de masse)



Hippies, gardiens de la paix
Woodstock vu du ciel, 15 août 1969

Le mouvement entrevoit son déclin avec la mort de ses grandes figures telles que Hendrix, Joplin et Jim Morrison. De plus, avec la fin de la guerre du Vietnam, les médias perdent de l’intérêt pour les hippies. Le mouvement punk naissant rejette l’esthétique hippie et s’attache à un nihilisme qui s’exprime autant dans sa musique que dans son image.



Le mouvement hippie est considéré par l'historien Ronald Creagh comme « la dernière résurgence spectaculaire du socialisme utopique, qui se caractérise par une volonté de transformation de la société non pas à travers une révolution politique, ni sur une action réformiste impulsée par l'État, mais sur la création d'une contre-société socialiste au sein même du système, en mettant en place des communautés idéales plus ou moins libertaires. »



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