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R.A.P. Rhythm And Poetry

Voyage musical des block parties de New-York à un phénomène mondial



On ne peut pas parler de hip-hop sans mettre en lumière le contexte historique dans lequel il est né. Aux Etats-Unis, la ségrégation raciale est institutionnalisée, les ghettos s’appauvrissent et les conditions de vie s’y dégradent, entraînant un repli des populations Afro-Américaines sur elles-mêmes, tandis que les blancs profitent du rêve américain libéral idéal.



Nous sommes au début des années 70 : la jeunesse afro-américaine et caribéenne se retrouve dans les block-parties de New-York. Ce sont de véritables échappatoires aux problèmes quotidiens, les injustices sociales au sein des ghettos les excluant d’une pleine participation sociale: c’est la création d’une identité, un modèle dans lequel on se retrouve. On y joue de la funk et de la soul (James Brown, Stevie Wonder entre autres). Les premiers DJ’s commencent à isoler les breaks percussifs de ces chansons populaires (technique venant de la musique jamaïcaine). On notera une figure particulièrement marquante, celle de DJ Kool Herc, peut-être à l’origine du rap, mais chaque chose en son temps.





*Le hip-hop constitue un mouvement qui comprend différentes branches : le graffiti, le DJ-ing, le break-dance et le rap. Le rap n’en est donc qu’une branche. D’un point de vue étymologique, “Hip” signifie en argot américain la débrouillardise intelligente et “Hop” signifie aller de l’avant. Rap est le diminutif de Rhythm And Poetry.



L’apparition du scratching, qui consiste à faire des va et vients sur le vinyle pour faire une transition entre deux morceaux ou personnaliser son mix est attribué à Grand Wizzard Theodore. Avant de rapper, c’est la production qui doit être au point! Plus généralement, les techniques de turntablism (utilisation de platines et vinyles) se développent et Joseph Saddler (GrandMaster Splash), autre grande figure, améliore considérablement la technique de DJ-ing.



NAISSANCES DU RAP (au pluriel)

Les premiers groupes de rap qui se constituent (the Last Poets à NY, The Watts Prophets en Californie et Gil Scott-Heron) s’inspirent de la déclamation de discours sur des rythmes battus par des tambours africains avec la négritude comme thème de prédilection, donc très engagés.





Une influence majeure est à trouver du côté de la Jamaïque, avec la culture de la "Dub" importée par les émigrés Jamaïcains. Contre toute attente elle s'est très vite prouvée très populaire en Jamaïque, et à la radio, une tradition est née : le toasting. Les DJs ( "Disc-Jockeys", donc animateurs radio à l'origine), diffusaient des mixs réalisés sur les faces B de vinyles (moins coûteuses à l’enregistrement), par dessus lesquels ils improvisaient un "toasting" , une improvisation chantée - parlée. On s'étonne alors peu de la similarité entre la Dub et le rap originel, quand on s'aperçoit que plusieurs pionniers de la scène Hip-Hop des années 70, notamment DJ Kool Herc, étaient Jamaïcains. Le rapprochement avec le rap est évident. U Roy en est l'un des meilleurs exemples.





Revenons à DJ Kool Herc. Certains le considèrent comme étant le premier rappeur. En effet, la pratique du talk-over (littéralement parler au dessus d’une instrumentale) eut un poids considérable dans la naissance du rap. Les MC (Masters of Ceremony) font des rimes pour ambiancer le public lors des block-parties. Ils rappellent le chant du griot, conteur africain qui rassemble les foules autour de ses histoires et qui conte la vie quotidienne. Les racines ne sont jamais loin.



Cependant, le premier titre de rap à proprement parlé est discuté. En effet, en Italie, Adriano Celentano, sort Prisencolinensinainciusol en 1972, et le genre du « spoken word » des années 30 avec le Golden Gate Quartet, un groupe de gospel, rappelle cette origine aux influences multiples et à l’universalité sans pareille. On attribue finalement le titre de premier tube de rap au morceau Rapper's Delight du Sugarhill Gang.






AGE D'OR

Les années 80 signent l’explosion du genre. Dans la lignée du Do it yourself punk, les rappeurs utilisent des rythmes synthétiques et brutaux, issus de boîte à rythmes bon marché, les techniques et le matériel de production n’étant pas aussi développées qu’aujourd’hui. Parmi les groupes majeurs on trouve Public Enemy et Run DMC. Objectif : stimuler la créativité des jeunes pour les sortir des drogues et des gangs, c’est un véritable exutoire au mal-être propice aux revendications.



L’Universal Zulu Nation en est une des principales actrices. Cette organisation, fondée par le DJ Afrika Bambaataa en 1973 à New-York (et toujours active aujourd’hui), avait pour but à l’origine de proposer une alternative pacifiste aux altercations des gangs aux Etats-Unis en organisant des soirées qui rassemblaient la communauté hip-hop. Le rap est donc déjà un phénomène à la fois social et artistique.




Extrait de la série The Get Down sur Netflix

En 1982, The Message de Grandmaster Flash est un des morceaux les plus marquants des débuts du rap. Il est curieux de remarquer que l’interprète du morceau est en réalité Melle Mel, un rappeur du Bronx. Le morceau est en fait crédité au nom de son producteur : le rappeur n’avait pas encore la place centrale sur le morceau. Par ailleurs, on considère que les premiers à amener le genre du côté des blancs sont les Beastie Boys à New-York, d’abord punk, qui témoignent ainsi d’un échange culturel, d’une influence commune et d’une essence underground semblable.





A New-York, on appelle crews des groupes de dizaines de rappeurs qui s’affrontent par chansons interposées lors de beefs, à la manière des rap contenders qui naîtront plus tardivement. Un des crews les plus célèbres est le Juice Crew de Queensbridge, mené par Marley Marl, à qui l’on doit l’invention du sampling.



L’âge d’or se révèle à New-York, grâce à l’émergence de duos DJ-MC comme Gang Starr (DJ Premier et Guru). Sur la côte ouest, une scène Gangsta apparaît avec notamment le groupe NWA fondé en 1986 composé entre autres de Dr Dre et Ice Cube. Le rap new-yorkais est teinté de jazz et de soul tandis qu’en Californie on parle d’un gangsta rap inspiré du P-Funk (funck/rock) qui parle de violences policières et de guerre des gangs, plus agressif. NWA permet ainsi à la scène de la west side d’avoir une certaine visibilité médiatique grâce à Straight Outta Campton, un album-monument. Jusque dans les années 90, c’est le rap de la côte-ouest qui domine, avec également l’arrivée de 2pac et Snoop Dog puis Puff Daddy.





Mais New-York est loin d’être délaissé : le Wu-Tang avec Enter the Wu tang 36th Chambers en 1993, NAS avec Illmatic en 1994, The Notorious B.I.G. avec Ready to die la même année et Mobb Deep avec The Infamous en 1995. Un véritable conflit naît entre les deux camps, illustré par la rivalité entre 2Pac et Notorious B.I.G, qui se termine par l’assassinat des deux rappeurs, en 1996 et 1997






QU'EN EST-IL AUJOURD'HUI?

Le rap s’est aujourd’hui complètement démocratisé. Ce phénomène fut d’abord incarné par Eminem. Puis le monde entier, alors pris sous son influence, vit apparaître des radios spécialisées, des labels qui lui sont dédiés et des scènes rap dans de nombreux pays, du Japon à l’Allemagne en passant par l’Espagne ou la Côte d’Ivoire. De nombreux sous-genres en découlent, mais c’est une énergie universelle qu’il emporte avec lui. Il est la preuve que l’Histoire de la musique s’écrit encore aujourd’hui.



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